Le rêve de tout propriétaire français ? Une belle maison en pierre ou en briques, entourée d’un écrin de verdure parfait. Mais cette image idyllique cache un piège souterrain que j’ai trop souvent vu se matérialiser. Plantées sans réfléchir, certaines plantes peuvent devenir de véritables bulldozers naturels, attaquant sournoisement les fondations et les canalisations.
Si vous avez aménagé votre jardin récemment ou si vous héritez d'anciennes plantations, lisez ceci immédiatement. Je vais vous révéler les trois coupables majeurs que tout paysagiste professionnel retire sans hésiter, et pourquoi cette petite erreur peut coûter des milliers d'euros en réparations structurelles.
Pourquoi votre haie parfaite cache un DESASTRE potentiel
Quand on parle de fondations, l’ennemi n°1 n’est pas la pluie ou le gel, mais la soif. Les racines des plantes cherchent l'humidité, et les fondations de votre maison, notamment près des joints, sont souvent une source tentante – surtout pendant les étés caniculaires que nous connaissons en France.
Dans ma pratique, j’ai remarqué que beaucoup se concentrent sur l’esthétique et les couleurs, oubliant la règle d’or : la distance de plantation. On pense souvent qu'un petit arbuste restera petit. C'est faux. L’arbuste est comme un iceberg ; la partie immergée (les racines) est bien plus vaste et puissante.
Le Facteur X : la largeur racinaire est égale à la hauteur de l’arbuste
C'est une estimation rapide mais fiable. Un arbuste qui atteint 3 mètres de haut aura une influence racinaire d'au moins 3 mètres autour de lui. Si vous le plantez à 50 cm du mur, le danger est imminent.
Voici les trois espèces, courantes dans les jardins des régions de la Loire ou de la Provence, à bannir absolument près de la structure.

1. Le Thuja (ou Cyprès) : l'éponge à eau agressive
Ah, le Thuja ! Il est rapide, dense, parfait pour une haie d'intimité vite établie. On en trouve dans tous les Jardineries de France. Et c’est le cauchemar des fondations.
- Le problème structurel : Le Thuja est incroyablement assoiffé. Ses racines sont des exploratrices, cherchant l'eau jusqu'à l'intrusion. Dans la sécheresse, elles s'introduisent dans les micro-fissures d'une fondation en quête de la moindre humidité.
- Le facteur de danger : Elles absorbent massivement l'humidité du sol autour de la maison, provoquant un phénomène de dessèchement. Ce retrait de l’argile ou du sol peut entraîner des mouvements de terrain et l’apparition de fissures sur la façade.
- L'avertissement de pro : Si votre Thuja a été planté à moins de 3 mètres de la maison, il est temps d’envisager son retrait. C'est radical, mais moins coûteux qu'une reprise en sous-œuvre.
2. L'Hortensia (Hydrangea) : l'ami qui vous veut du mal
Quoi ? Ces magnifiques boules de fleurs, emblématiques des jardins bretons et normands, sont dangereuses ? Elles le sont, mais pour une raison subtilement différente du Thuja.
Nous les aimons pour leur port luxuriant, mais cette beauté demande beaucoup d'eau, en permanence. J'ai souvent vu des propriétaires arroser abondamment leurs Hortensias plantés à proximité des murs.
Le danger ici n'est pas tant dans l'agressivité des racines, qui sont relativement superficielles, mais dans l'excès d'humidité constante qu'elles exigent et que vous apportez au pied de la fondation.
- Le problème structurel : L’humidité excessive et localisée fragilise les enduits et peut mener à des infiltrations. Pire, elle attire les nuisibles et favorise les remontées capillaires dans les murs.
- La nuance : Si vous avez des Hortensias, éloignez-les d'au moins 1,5 mètre et, surtout, stoppez l'arrosage intense près du mur. Placez-les plutôt au centre des massifs.
3. Le Bambou (y compris les variétés Fargesia) : Le marteau-piqueur vert
Le bambou est l'exemple parfait de la mode paysagère qui tourne au cauchemar. Beaucoup se rassurent en choisissant des variétés "non traçantes" à cause des racines. Malheureusement, même le bambou cespiteux (non traçant) est problématique lorsqu’il est trop proche des structures.
Le bambou est d’une force phénoménale. Ses rhizomes (racines horizontales) sont durs comme du bois. J’ai vu des rhizomes traverser des bâches anti-racines censées être indestructibles.
C'est le chevalier prêt à percer vos canalisations en PVC pour accéder à l'eau ou briser le béton qui résiste mal au stress mécanique d’une racine en expansion.

- Le piège : Même si vous installez une barrière anti-rhizomes (ce que je recommande vivement), celle-ci doit descendre au moins à 70 cm de profondeur et former un angle pour que les racines rencontrent une butée et s’élèvent ; jamais près d'une fondation.
- Mon conseil imparable : Le bambou doit être traité comme une plante invasive. Éloignez l’espèce d’au moins 4 mètres de toute structure vitale (maison, piscine, fosse septique).
Le Life Hack du Professionnel : l'outil méconnu de la "zone de sécurité"
Comment savoir si une nouvelle plantation est sûre ? Les architectes paysagistes utilisent une règle simple : la "Zone tampon sèche".
Cette zone est un espace d'au moins 1 mètre de large autour de vos fondations où la surface est recouverte d'un matériau inerte qui limite l'arrosage et l'infiltration directe de l'eau. Pensez-y comme à un "parapluie" pour le mur.
Voici comment créer une Zone Tampon Efficace, indispensable près d'une maison ancienne :
- Délimitation : Délimitez une bande d'un mètre le long du mur.
- Drainage : Installez une membrane géotextile pour empêcher la terre de se mélanger.
- Revêtement : Recouvrez cette zone d'un matériau qui sèche rapidement et décourage les racines superficielles. Le gravier roulé (concassé) est excellent pour cela, car il permet une bonne évaporation.
Dans cette zone, ne plantez que des couvre-sols très peu gourmands en eau (comme le Sedum ou des plantes alpines). Jamais d’arbustes à croissance rapide ou à fort besoin hydrique.
Le mot de la fin
Votre maison est votre plus grand investissement. N’oubliez jamais que la nature est belle, mais elle est aussi impitoyable. En matière de jardinage près des fondations, le mieux est souvent l’ennemi du bien. Éloigner ces trois arbustes n’est pas un caprice esthétique, c’est une police d'assurance.
Et vous, avez-vous déjà eu des problèmes de racines près de vos murs ? Quels arbustes avez-vous été contraint de déplacer après coup ?