Vous venez d'acheter un magnifique hortensia ou un beau laurier-rose à la pépinière du coin, peut-être chez Gamm Vert ou Jardiland. Bon réflexe ! Mais attendez une seconde avant de creuser le trou juste à côté de votre façade. Ce geste, simple en apparence, pourrait vous coûter des milliers d'euros en réparations.
Je l'ai vu maintes fois dans la région : des propriétaires s'étonnent de voir leurs murs se fissurer ou leurs canalisations se boucher, ignorant que la beauté verte qu'ils ont plantée est la coupable silencieuse. Les pépiniéristes le savent, et voici les plantes qu'ils vous implorent d’éviter à proximité de votre maison. Lisez ce guide maintenant, avant que ce ne soit trop tard.
Le syndrome du « trop près de la maison » : pourquoi la distance compte
Planter un arbuste près d'un mur, c'est comme donner à un bambin affamé une boîte de feutres indélébiles juste à côté de votre papier peint blanc récemment posé. Ça commence gentiment, mais ça dégénère vite. Le problème, c'est le système racinaire.
Beaucoup de gens pensent que si la partie hors-sol est petite, les racines le sont aussi. C'est faux. J'ai remarqué dans ma pratique que la plupart des arbustes développent des racines aussi larges (sinon plus) que leur canopée pour garantir leur stabilité, surtout en période de sécheresse estivale française.
- Les racines cherchent l'eau et les nutriments. Vos tuyaux d'évacuation de l'eau ? Une mine d'or pour elles.
- Elles exercent une pression sur les fondations. En grandissant, elles sont capables de soulever le béton tel un vérin hydraulique lent.
- Certaines racines se propagent horizontalement et détruisent les terrasses et allées.
Les 5 coupables à surveiller (et à quelle distance les planter)
Ce n’est pas qu’on doit les interdire. Il faut juste leur donner de l'espace. Beaucoup d’espace. Voici les cinq arbustes que je vois le plus souvent causer des ravages.
1. Le Laurier-sauce (Laurus nobilis) – L’envahisseur gourmand
Ah, le laurier. Il sent bon dans la cuisine, mais son système racinaire est incroyablement dense et agressif. Beaucoup le plantent en petite haie décorative près de la maison.
Le piège : Ses racines sont superficielles mais très étendues. Elles rivalisent avec n'importe quoi d'autre, y compris vos canalisations d'eaux usées et de drainage. Si vous avez une fuite, le laurier sera le premier à l'exploiter pour se nourrir, bouchant la faille.

Distance minimale recommandée : 4 à 5 mètres des fondations.
2. Le Bambou (Les espèces traçantes comme le Phyllostachys) – L'ennemi souterrain
On m'a souvent dit : « J’ai mis une barrière anti-rhizomes, ça ira ! » J'aimerais que ce soit si simple. Le bambou traçant est l’équivalent végétal du T-800 : il trouve toujours un moyen. Même les barrières mal installées sont contournées.
L’effet dévastateur : Les rhizomes (racines souterraines) du bambou sont capables de traverser des couches dures et de ressortir à l’intérieur de votre vide sanitaire ou même sous votre terrasse. C'est un cauchemar à retirer une fois qu'il est installé.
Mon conseil pratique : N'utilisez que des espèces non traçantes (Fargesia). Pour les traçantes, gardez-les en bacs surélevés ou à une distance de sécurité d’au moins 8 mètres.
3. L’Hydrangea (Hortensia) – L’aspirateur d’humidité
Ce classique des jardins français est magnifique, surtout après une bonne pluie en Bretagne ou en Normandie. Mais faites attention où vous le placez.
Le danger subtil : L'Hortensia est un buveur d’eau vorace. En période de sécheresse estivale (un phénomène de plus en plus fréquent même au nord de la Loire), il va puiser l'humidité du sol avec insistance. Si le sol argileux sous vos fondations se déshydrate trop vite, cela peut provoquer un mouvement de terrain et des fissures verticales sur les murs.
Distance minimale recommandée : 1,5 à 2 mètres, et assurez-vous de pailler généreusement autour pour réguler l'humidité du sol.
4. Le Forsythia et le Lilas (Syringa vulgaris) – Les gourmands enracinés
Ces deux-là sont souvent plantés par manque d'attention. Le Lilas, avec son parfum envoûtant, est un incontournable. Mais c'est aussi un arbuste qui drageonne beaucoup.

Pourquoi ils sont problématiques : Ils produisent de nombreuses pousses (drageons) à partir de leurs racines, qui s'étendent rapidement. Leur système racinaire est incroyablement solide. S'ils sont trop près, ils chercheront à s'installer sous les dalles, soulevant trottoirs et revêtements.
Distance minimale recommandée : 3 mètres. Soyez strict avec l'élimination des drageons qui partent vers la maison.
5. Le Cotoneaster – Le nettoyeur de gouttières (et de murs)
Le Cotoneaster rampant est un excellent couvre-sol, mais certaines espèces grimpantes sont utilisées à tort contre les murs. De même, les espèces arbustives peuvent être délicates.
Le problème spécifique : Ses racines pivotantes peuvent devenir très puissantes et chercher la moindre infiltration. Pire encore, si vous le laissez grimper ou s'appuyer contre un mur, il retient l'humidité contre le crépi, favorisant la mousse et affaiblissant l'étanchéité.
Le Life-Hack du pépiniériste : Planter les bonnes espèces au bon endroit
Vous voulez de la verdure près de votre maison sans prendre de risque ? Optez pour des plantes dont le système racinaire est moins agressif et plus compact. Pensez au Buis (Buxus), idéal en pot ou en bordure éloignée, ou à certaines petites variétés de Spirea japonica. Je vous déconseille d'essayer d'économiser quelques mètres.
Voici l’astuce que beaucoup de paysagistes professionnels utilisent lorsqu’ils DOIVENT planter près d'une structure :
- Utilisez une « barrière racinaire » simple : lors de la plantation, installez une tôle galvanisée ou un plastique racinaire résistant verticalement dans le sol sur le côté orienté vers le mur. Elle ne doit pas faire le tour de la plante, mais seulement bloquer la propagation des racines vers la fondation.
- Choisissez toujours une variété naine (s'il en existe) de l'arbuste souhaité. Moins il grandit en hauteur, moins ses racines sont susceptibles d'être destructrices.
Investir dans les bons mètres de distance aujourd'hui, c'est économiser le prix d'un maçon demain. Ne sous-estimez jamais la persévérance de la nature. Chaque année, des milliers de Français payent cher pour avoir négligé cette simple règle.
Et vous, avez-vous déjà eu un conflit entre une plante et vos canalisations ? Quel a été l'arbuste le plus difficile à déloger de votre jardin ? Racontez-nous votre expérience en commentaire !